La Montgolfière

« Afin que l’on se rendit compte si l’atmosphère au-dessus du sol était vraiment respirable », les frères Montgolfier firent prendre place quelques animaux à bord de leur aérostat lors de leurs premières expériences à Annonay puis à Versailles en présence du Roi et de la Cour le 19 septembre 1783.

MontgolfiereLes essais poursuivis dans les jardins de la Folie-Titon près du Faubourg Saint-Antoine à Paris, seront couronnés de succès le 19 octobre avec plusieurs ascensions de « deux cents pieds suivant l’estime commune » et donneront l’occasion à Georges Ville, graveur de l’Académie Royale, de décrire « un globe d’expérience en forme de vase de soixante-seize pieds de haut et quarante-six de diamètre. On le fit monter en l’air quatre fois aux acclamations de plus de deux mille personnes qui étaient dans le jardin ». La foule acclame ceux qu’elle critiquait encore deux jours auparavant pour la médiocrité de leurs performances.

Après ces essais de ballon captif, s’élève dans le ciel de Paris, le 21 novembre 1783, piloté par Jean-François Pilâtre de Rozier et le commandant François Laurent, marquis d’Arlandes, le fruit de l’imagination des frères Montgolfier. Première véritable expérience aérienne pour l’homme, ce premier vol libre amène ses passagers des jardins du château royal de la Muette à la Butte aux Cailles proche de l’actuelle place d’Italie. Les vents leur étant favorables, ils réussissent ainsi le premier survol de Paris sous les yeux ébahis d’une foule mise au courant par la rumeur. Arrivés à la Butte aux Cailles, ils sont accueillis par une foule en délire qui s’arrachent des bribes de leurs vêtements en guise de souvenir.

Leur vaisseau n’est à l’époque qu’une immense poche de tissus et de papier sous laquelle est entretenu un feu devant maintenir une température de l’air élevée dans le foyer. Le survol de Paris a d’ailleurs failli tourner court lorsque d’Arlandes remarque l’état d’usure avancée de la toile rongée par les flammes. Mais celle-ci va leur permettre de terminer leur vol dans de bonnes conditions.

Bien qu’ayant eu des a priori réticents, ce spectacle sera renouvelé par le roi Louis XVI en l’honneur d’un illustre hôte suédois le 23 juin 1784 à Versailles. La Montgolfière, baptisée pour l’occasion Marie Antoinette, en l’honneur de celle qui appuya la première tentative, emporte ses passagers de Versailles pour un voyage de treize lieues aux alentours de Chantilly comme le témoigne le procès-verbal du prince de Condé arrivé sur les lieux : « La machine, partie de Versailles à cinq heures moins un quart, est descendue à cinq heures et demie dans la forêt de Chantilly, près de la route Manon. La galerie a été brûlée une demi-heure après sa descente. Les voyageurs sont très bien portants, mais la Machine très endommagée, ainsi que de Rozier avoit eu l’honneur de l’observer à sa Majesté. »

« Les vents, quoique très considérables, emportaient notre Bâtiment sans nous faire éprouver le plus léger roulis; nous n’apercevions notre marche que par la vitesse avec laquelle les villages fuyaient sous nos pieds; en sorte qu’il semblait, à la tranquillité avec laquelle nous voguions, que nous étions entraînés par le mouvement diurne. » écrira Pilatre de Rozier plus tard.

Premier vainqueur de l’air, Jean-François Pilâtre de Rozier, en sera aussi la première victime. A trente et un ans, il disparaîtra le 15 juin 1785 au-dessus de la commune de Wimereux dans l’incendie de leur aéromontgolfière « Tour de Calais » gonflée à l’hydrogène qui devait, en compagnie du physicien Romain, lui permettre de prendre sa revanche sur Blanchard qui réussit la première traversée de la Manche par les airs.


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