L’Eole de Clément Ader

Engloutissant tous les revenus issus de ses brevets dans le domaine téléphonique dans son projet, Clément Ader consacre huit années à la conception de sa machine volante. Etudes, observations, calculs lui feront retenir l’option de l’aéroplane jusqu’à la réalisation de l’Eole, son avion. C’est à bord de son Eole de six mètres cinquante de long et d’une envergure de quatorze mètres dotée d’un moteur tubulaire à quatre cylindres et d’une hélice à quatre pales en bambou que Clément Ader réalise, le 9 octobre 1890, sur la pelouse du château de Gretz-Armainvilliers, son vieux rêve, s’élever dans les airs grâce à la poussée d’un moteur.

Si les quelques cinquante mètres de vol effectués en cinq à six secondes par l’avion de Clément Ader ressemblent davantage à des sauts de puce, il n’en a pas moins révolutionné l’histoire de l’aéronautique et donné son nom à tous les aéroplanes à venir; avion. L’Eole est en effet le premier plus lourd que l’air motorisé à quitter le plancher des vaches.

Eole

Ayant tout de suite compris l’intérêt militaire de la maîtrise des airs, Ader signe rapidement deux conventions avec le ministère de la guerre afin de financer la réalisation d’autres aéroplanes. Confronté aux exigences démesurées pour l’état des connaissances du ministère qui réclame un engin capable d’emporter outre son conducteur, un poids de soixante quinze kilogrammes et manœuvrer avec ce chargement pendant un minimum de six heures, Ader tardera jusqu’en 1897 avant de livrer son Avion III à la commission de réception pour un vol du camp de Satory au polygone de Vincennes en passant par le survol de Paris ! Sa tentative du 14 octobre se soldant par un accident dû à l’aberration d’utiliser une piste d’envol circulaire, exposant régulièrement l’Avion aux vents latéraux, Clément Ader voit se fermer la manne des subventions et doit mettre fin à ses études. Une des rares déclarations officielles étant celle faite par Monsieur Alfred Péreire, propriétaire du château de Gretz-Armainvilliers devant huissier : « Je déclare avoir assisté en octobre mil huit cent quatre-vingt-dix à un essai de la machine d’Ader « l’Eole » qui, sortie du garage, fut poussée à bras d’homme jusque sur la piste en utilisant ses propres roues, puis, la machine étant en fonctionnement, j’ai vu l’Eole parcourir sur ses roues une courte distance. Puis j’ai aperçu l’Eole au-dessus des talus qui limitaient la piste à droite et à gauche. Ces talus mesurant environ la hauteur des buissons environnants. ».

Ces vols, effectués dans le plus grand secret et mal consignés par une commission trop exigeante, sont à l’origine de longues polémiques contre les frères Orville et Wilbur Wright concernant le premier vol d’un engin motorisé plus lourd que l’air. Quoi qu’il en soit, Clément Ader est maintenant reconnu « père de l’aviation ». Sur proposition du général Roques, il sera retenu le terme avion en ces termes : « tout aéroplane qui aurait satisfait aux conditions des épreuves réglementaires militaires s’appellera avion ».

La première apparition de ce mot fut tout simplement le brevet qu’il déposa le 19 avril 1890 « pour un appareil ailé pour la navigation aérienne, dit avion ». Si, par dépit, Clément Ader détruisit tous ses dossiers, il nous reste l’Avion III original qui est exposé au musée de l’air du Bourget et le poème de Guillaume Appolinaire :

Français, qu’avez vous fait d’Ader l’aérien ?
Il lui restait un mot, il n’en reste plus rien.
Quand il eut assemblé les membres de l’ascèse
Comme ils étaient sans nom dans la langue française
Ader devint poète et nomma l’avion.


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