La fusée Ariane

Longtemps sujet de la risée populaire par l’accumulation de ses échecs, Ariane a su, depuis, gagner l’estime et la fierté des français ainsi que la confiance de ses clients mondiaux pour lesquels elle constitue une alternative très intéressante aux lanceurs américains. Le lanceur Ariane IV détient aujourd’hui soixante pour-cent du marché du lancement des satellites commerciaux. Victoire d’autant plus importante qu’en 1975, les justifications du projet étaient autant techniques que politiques avec la recherche d’une indépendance dans le domaine du lancement de satellites.

Le vol Ariane 144A sa création, en 1962, le CNES (Centre National d’Etudes Spatiales) ne compte que mille personnes, à comparer aux trente mille employées par la NASA. Il réussit tout de même, le 26 novembre 1965, à lancer le premier satellite français, Astérix. Si celui-ci n’émet que quelques signaux radio, il permet à la France d’accéder au rang de troisième pays à propulser un satellite dans l’espace. Avec la difficile création de l’ESA (Agence Spatiale Européenne) en avril 1974 se dissolvent les dissensions européennes et, à l’instar de la NASA, se créé une vraie dynamique de succès.

De son vrai nom L III S, Monsieur Peter Créola, délégué de la Confédération helvétique au conseil de l’ESA et président du conseil directeur du programme Ariane, au cours d’un discours en 1984, nous explique la genèse de son nom: « Le nouveau projet de lanceur européen était désigné par le sigle LIIIS. Qui se rappelle encore que cela voulait dire : lanceur trois étages de substitution ? A elle seule l’explication de l’intitulé de ce projet nécessiterait aujourd’hui une page entière. A l’époque cela ne semblait ne gêner personne. Seul un délégué suisse et sentimental devait insister pour que l’on baptisât l’enfant nouveau-né. Outre les fantaisies comme « Edelweiss » ou « Guillaume Tell » (la réunion se tenait un 1er août, date de la fête nationale suisse), on entendit des propositions vibrantes comme « Prométhée » ou nuancées de sous-entendus comme « Patience ». Un seul nom devait recueillir trois voix : « Véga ». Mais, lorsque au mois de septembre il fallut compléter les blancs laissés en pointillés dans l’accord relatif au développement du lanceur européen, la délégation de la France éleva des objections de dernière minute. Le ministre Charbonnel ne voulait pas de Véga car une bière portait ce nom. Pour la France, principal partenaire du programme, trois noms pouvaient être envisagés : « Phénix », Pénélope » ou « Ariane ». La querelle des exégètes de la mythologie s’embrasa incontinent. Pour le délégué de l’Allemagne, Phénix était exclu, les cendres de l’ELDO étant encore brûlantes. Le nom de Pénélope fut rejeté car l’on escomptait le premier vol au bout de six ans, et non pas après vingt ans d’attente. Restait Ariane. Le fil d’Ariane avait permis à Thésée de trouver la sortie du Labyrinthe. Les sceptiques des deux sexes, pour lesquels la forme délibérément mâle du lanceur ne concordait pas avec ce nom féminin, s’inclinèrent et, très vite, le nom d’Ariane se popularisa. A partir de 1977, on savait également le prononcer sur l’autre rive de l’Atlantique… »

Ariane 5

Décliné en plus versions, le projet Ariane en est actuellement à Ariane V, propulsé par la société normande SEP, disposant de moteurs dix-huit fois plus puissants que ceux d’Ariane IV.

Bibliographie :

  • De la fusée Véronique au Lanceur Ariane, France Durand De Jongh, Stock
  • La grande aventure de Ariane, Martine Castello, Editions Larousse, 1987

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